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Problématique Sociale de Terrain : l'Orientation des élèves en lycée professionnel

Publié par Epain Jessica

Problématique Sociale de Terrain : l'Orientation des élèves en lycée professionnel

L'écrit ci-dessous a été réalisé dans le cadre d'un devoir "Problématique sociale de terrain" en première année de formation Assistant de service social. 

Il a été écrit alors que j'étais en stage à l'Education Nationale, dans le service social en Faveur des élèves et concerne l'orientation des élèves en lycée professionnel. 

J’ai effectué mon stage de première année auprès du service social en faveur des élèves, sur un secteur comprenant quatre établissements : trois collèges et un lycée professionnel, situés dans un département rural. L’action sociale au profit des élèves se situe dans le cadre du renforcement général du dispositif de prévention. Elle constitue un moyen privilégié pour lutter contre les inégalités et faciliter, si besoin est, une intervention précoce d’autres services spécialisés.

Au cours de ce stage j’ai constaté qu’il était difficile pour certains jeunes de se projeter dans l’avenir notamment au lycée professionnel. De plus j’ai observé à de nombreuses reprises, un manque de motivation et un découragement certain, de la part de ce public. Je me suis donc interrogée sur le lien qui pouvait exister entre ce manque de motivation et cette difficulté à envisager un avenir professionnel. Ainsi d’où peut provenir la démotivation des élèves, dans le lycée professionnel? L’orientation est elle en cause? Si oui par quels moyens est-elle mis en œuvre?

Je présenterai dans un premier temps mon terrain de stage puis les différents constats de terrain que j’ai pu établir et enfin le positionnement professionnel de l’assistant de service social face à cette problématique.

 

I Présentation du terrain de stage

 

1) Cadre institutionnel et législatif :

Le service social en faveur des élèves s’inscrit dans la loi d’orientation de l’Education nationale de 1989, la loi de juillet 1989 relative à la prévention des mauvais traitements à l’égard des mineurs et à la protection de l’enfance et enfin à la circulaire n°91-248 du 11 septembre 1991 qui précise les missions et le cadre d’intervention du service social en faveur des élèves et de l’assistant de service social scolaire. Ainsi les missions du service social en faveur des élèves sont de contribuer à aider l’élève à construire un projet professionnel, participer à l’orientation et au suivi des élèves en difficultés, participer à la protection, à la prévention des mineurs en danger, participer à l’éducation, à la vie et à la responsabilité et enfin participer à la lutte contre l’absentéisme. Ce service a de nombreux partenaires dans le cadre de la protection de l’enfance. Ainsi le service médical scolaire, le Conseil Général, les services sociaux spécialisés et les services de prévention, sont des partenaires précieux. L’assistant social scolaire apporte l’écoute, les conseils et le soutien nécessaire aux élèves, afin de favoriser leur réussite individuelle et sociale. L’assistant(e ) sociale scolaire exerce un rôle de médiateur(ice), il/elle participe également à l’insertion scolaire et à l’intégration en milieu scolaire des jeunes ayant des difficultés familiales, scolaires, ou étant en situation de handicap.

 

2) Le secteur et le public :

Le public de ce service sont les élèves, de la sixième à la troisième pour les collégiens et de la seconde à la terminale pour les lycéens. Le secteur sur lequel j’ai effectué mon stage de première année comprenait quatre établissements. Ce secteur se compose d’un collège urbain, d’un lycée professionnel urbain d’un collège semi urbain et enfin d’un collège rural. Lors de mon stage c’est le public du lycée professionnel qui m’a le plus alertée sur la problématique suivante : celle de l’avenir et de la motivation. En effet lors des divers entretiens avec les élèves du lycée professionnel un mal être vis-à-vis de l’avenir et de l’orientation revenait régulièrement dans leur discours. Dans ce contexte je me suis interrogée sur leur orientation et leurs ambitions. J’ai pu constater que leur orientation n’était pas, pour de nombreux élèves à la hauteur de leurs espérances. Et que pour certain elle était même considérée « par défaut ». En effet comment s’investir en cours lorsque notre orientation n’a été traité que comme une formalité administrative? Comment éviter l’absentéisme scolaire, le décrochage et la violence, quand on est certain de ne pas pouvoir faire le métier que l’on veut? Comment intervenir auprès de ces élèves avant qu’il ne soit trop tard et que devons nous mettre en place pour les aider?

 

II Constats de terrain :

 

1) Un exemple :

Les constats qui vont suivre sont issus de mon observation sur le terrain de stage et mettent à l’évidence les difficultés que rencontre les élèves après une « mauvaise » orientation et ce qui en découle. Le jeune G, 16 ans, ne vient plus en cours depuis plusieurs semaines. Nous le rencontrons avec ses parents pour qu’il nous explique ces absences inquiétantes. G est nouveau dans le lycée professionnel, il a été orienté ici suite à une mauvaise expérience en MFR ( maison familiale rurale) où des formateurs l’auraient harcelés. Ne désirant plus y retourner, ses parents l’ont inscrit dans cet établissement en espérant que cela lui conviendrait. Mais le jeune ne vois pas cela de la même manière : « je voulait être maitre chien. Maintenant je ne peux plus avec les cours que j’ai ici, c’est pas la même chose je fais du secrétariat. ». Les semaines qui ont suivit, le jeune s’est déscolarisé de plus en plus et est devenu addicte aux jeux vidéos. Il fut hospitalisé suite à une dépression au début de l‘année 2012. Aujourd’hui une Aide éducative à domicile (AED) est mis en place afin de permettre au jeune de se réinsérer scolairement. Une nouvelle orientation est envisagée afin d’éviter une rechute et de permettre au mieux à ce jeune d’atteindre son but.

 

2) Les chiffres et la disponibilité :

De nombreux jeunes se démotivent chaque année car leur orientation ne leur convient pas. Bien que l’environnement familiale et l’histoire du jeune aient aussi leur importance, l’absentéisme, l’ennuis, la violence, les commissions de vie scolaire et les conseils de discipline auxquels j’ai pu assisté, prenaient leurs origines pour la majorités des cas : 5 sur 7[1], dans la mauvaise orientation des élèves à partir de la troisième. Madame X, professeur principale des élèves de Première et de Terminale Comptabilité nous explique la particularité de cette classe : « les élèves de comptabilité sont majoritairement des jeunes filles, qui à défaut de n’avoir pu trouver un apprentissage en coiffure ou en esthétique au CFA, se retrouve ici. C’est une réalité assez triste car j’ai beaucoup d’absentéisme dans ma classe et une démotivation générale, mais je les comprend quelque part. ». J’ai pu démontré que sur les 65 entretiens de la COP dans l’année scolaire 2011-2012, 32%[2] des élèves l’avaient consulté pour une réorientation. Elle voit 15,6% des élèves dans l’année sur 415 élèves et l’assistante sociale scolaire en rencontre 21%. Elles m’ont expliqué qu’elles faisaient le lien entre les élèves. La COP rencontre de plus en plus d’élèves démotivés par leur orientation et l’assistante sociale des élèves démotivés par leur orientation et qui ne viennent plus en cours. J’ai constaté également sur mon lieu de stage que les jeunes rencontraient des difficultés pour rencontrer la COP. En effet une démission a eu lieu en mars 2012 et le remplacement n’eu lieu qu’en mai. On peut donc s’interroger sur le manque de personnel et la durée du remplacement. De plus la COP est très occupée et ne peut pas voir tous les élèves. Les jeunes et les parents d’élèves reprochent[3] au COP de ne pas connaitre précisément toutes les débouchés des filières. En scolaire, l’assistante sociale peut à des moments endosser le rôle de COP sans oublier sa fonction. Il est important pour moi, de connaitre les ambitions du jeune et de savoir si celui-ci est dans l’incapacité ou non de se projeter dans l’avenir.

 

III Données théoriques :

 

1) Un fonctionnement spécifique :

En fin de troisième l’orientation est déterminante. De nombreux élèves chaque années se vois refuser leur orientation car leurs résultats scolaire ne sont pas satisfaisants. Cependant juger les notes plutôt que la capacité ne valorise pas l’élève qui bien souvent, vit cela comme un échec personnel. Ainsi en fin de troisième ces élèves sont le plus souvent orientés vers des voies professionnelles et sont écartée des voie générales et technologiques. Il fut établit[4] que pour l’enseignant, le parcours scolaire normal se poursuit au lycée dans une voie générale. Par ailleurs pour les élèves désirant entrer dans un lycée professionnel cela n’est pas simple. Les places sont limités[5] et souvent l’élève peut être affecté dans une spécialité qui ne l’intéresse pas ou doit quitter sa région[6] Cette manière de traiter l’affectation peut renforcer le sentiment d’injustice des élèves qui peuvent constater que leurs vœux ne sont pas respectés ni traiter comme ceux de l’enseignement général. On constate, que quatre[7] élèves sur dix considèrent leur orientation comme « subie » plutôt que « voulue ». Les risques liés à une mauvaise orientation sont souvent l’exclusion scolaire, l’absentéisme ou encore la violence. Ces orientations quasi-forcées aboutissent à trop d’abandon en cours de scolarité.

 

2) Une question de culture et de milieu social ?

Pour Pierre Bourdieu[8], l’école de façon implicite favorise les classes supérieures et transforme ceux qui héritent en ceux qui méritent. Pour P. Bourdieu, l’école doit prendre en compte les différences des appartenances et mettre en place des enseignements adaptés et se conformer à la mixité sociale et culturelle. Cependant pour Raymond Boudon, certaines familles vont mettre en place une stratégie scolaire basée sur trois paramètres : le coût, le gain et le risque. Selon ces trois facteurs certaines familles vont se sous estimer et ne vont pas soutenir leur enfant ou au contraire vont l’encourager. Mais selon le milieu social les paramètres ne seront pas les mêmes. Pour R. Boudon il faut diminuer les coûts et faire des choix de filières moins définitifs et faire preuve de méritocratie. L’univers familiale a donc une grande influence. Il apparait que les jeunes ayant des parents venant de la catégorie socioprofessionnelle ouvrière étaient plus nombreux à entreprendre[9] un baccalauréat professionnel, un CAP et un BEP. Certains jeunes de la classe populaire, font preuve à l’égard de l’institution scolaire d’une « culture contre l’école »[10] partagée par leur foyer et leur relations de voisinage. Ces jeunes rencontrent des difficultés pour vivre leur parcours de manière légitime en conservant le point de vue de leur univers familial. La représentation[11] du travail, la figure paternelle, le rapport à l’école de la famille et son importance pour les parents constituent des facteurs de choix pour l’élève dans son orientation.

 

3) Observation et résultat d’étude :

Une étude récente[12] menée en partie par Christine Lamy psychosociologue, nous permet de confirmer les problèmes psychologiques et les ressenti des élèves sur la manière dont est traité leur orientation. L’étude fut réalisé sur 23 jeunes du milieu général, technologique et professionnel confondu, ainsi que sur 22 parents d’élèves. Cette enquête nous démontre que pour les parents comme pour leurs enfants, le rôle de l’éducation nationale n’est pas bien perçu. Les établissements apparaissent comme des évaluateurs de notes et non d‘accompagnant. De plus les élèves et leurs parents expriment cette impression de besoin pour l’éducation nationale de remplir avant tout des classes et des quotas plus que de respecter le souhait des élèves. Suite à l’enquête, une typologie fut dégagée. Il existerait quatre types de parcours scolaire. Le parcours souple[13], Le parcours linéaire[14], Le parcours chaotique[15] et Le parcours éclectique[16]

 

IV Positionnement Professionnel

 

1) L’assistant de service social, sa place, son rôle :

Cette problématique, m’a permis de soulever un questionnement sur le fonctionnement de l’éducation nationale et sur le choix d’orientation des élèves qui n’est pas toujours respecté. Les problèmes liés à la structure, aux personnels indisponibles et surtout à la place de l’élève dans ce système de quotas, me pose question sur l’égalité des chances et les moyens que l’on désire ou non mettre à disposition de l’élève. L’assistant social en milieu scolaire n’est pas seulement un intermédiaire aux aides financières pour la cantine, c’est aussi un acteur principal dans l’orientation des l’élèves. Cette incompréhension du système éducatif de la part des familles et des jeunes peut être clarifié par l’intervention de l’assistant de service social de l’établissement. De plus de part mes missions, je dois prévenir de l’échec scolaire et de l’absentéisme. Les objectifs de l’élève doivent pouvoir être respectés sans obstacle administratif, culturel ou social.

 

2) Les perspectives :

En tant qu’assistante de service social en faveur des élèves, j’ai pour rôle d’aider les jeunes à construire leur projet professionnel et donc de m’informer constamment sur leur ambitions et leur motivations. Je dois par ailleurs faire attention à l‘instrumentalisation de mon travail et des désirs du jeune. Je dois également me questionner sur les capacités de l’institution, la manière dont est traité l’orientation des élèves et prévenir au maximum le risque d’exclusion, d’échec scolaire ou encore d’absentéisme et de violence. Il est de mon devoir en tant que professionnelle d’assurer un cadre rassurant et attentif pour l’élève et ses parents. Ainsi pour cela je peux mettre en place des petits forums d’orientations par exemple en partenariat avec le COP. Le jeune pourrait découvrir éventuellement de nouveaux métiers et de se projeter dans l‘avenir avec plus de facilité.

 

Conclusion :

Mon stage de première année dans le service social en faveur des élèves, m’a permis de constater un problème lié à l’orientation chez les élèves du lycée professionnel. J’ai observé de nombreux cas d’échec scolaire résultant d’une orientation « subie ». Nous avons vu plus haut que les élèves étaient constamment déterminés dans leur choix par plusieurs facteurs : le lieu d‘habitation, l’établissement, le personnel et les places disponibles ou non ainsi que la catégorie socioprofessionnelle des parents et des relations voisines. Ces facteurs ont confirmé les chiffres mais aussi le ressenti des élèves et ce qu’ils ont pu exprimer auprès de moi lors de mon stage. Il en découle, une démotivation, un découragement, une incompréhension et de la colère. En tant qu’assistante sociale je ne dois pas oublier mes missions principales et je dois constamment me remettre en question pour favoriser au mieux la réalisation des objectifs de l’usager. Il est important de souligner que les jeunes font parti de l’avenir de la société et qu’ils participeront à son amélioration. Il est donc de mon devoir de rester vigilante quant au souhait réel de l’élève et de celui de l’établissement.

 

Sources :

 

 


[1] Données fournies par l’assistante sociale scolaire pour le lycée professionnel

[2] Données calculées grâce au cahier de liaison 2011-2012 de la COP et de l’assistante sociale

[3] Constat fait par l’UNAF (union nationale des associations familiales) dans une enquête de 2009

[4] Inspection générale dans le cadre de l’orientation vers la voie professionnelle, en janvier 2002

[5] Contrairement à la seconde générale

[6] Les possibilités financières des régions ne sont pas équitables

[7] Haut conseil de l’éducation sur l’orientation scolaire, bilan de 2008

[8] Cours sur P Bourdieu et R Boudon en sociologie de l’éducation

[9] Etude menée par l’UNAF de avril à juillet 2009

[10] Willis, 1977

[11] Géraldine André : L’orientation scolaire héritages sociaux et jugements professoraux, paru en avril 2012

[12] Etude menée par l’UNAF de avril à juillet 2009

[13] Le jeune a une idée mais doit changer d’orientation à cause d’obstacles divers, mais il peut se réinvestir rapidement

[14] Il n’y a pas d’obstacle pour le jeune il sait ce qu’il veut faire et où se diriger

[15] Le jeune n’a pas confiance en lui et s’oriente au hasard. Son parcours est difficile

[16] Le jeune apprécie de nombreuses disciplines. Il a des difficultés à choisir. Son niveau d’exigence vis-à-vis de lui même est élevé.