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Publié par Pré Jessica

Rétrospective d'une I.S.I.C : Intervention sociale d’intérêt collectif

A travers cet écrit, j'aspire à établir une relecture et une auto-critique, avec le recul que je possède aujourd'hui ainsi que l'humble expérience professionnelle que j'ai acquise. Cela peut servir d'exercice mais tout travail reste imparfait et en aucun cas cet écrit n'a pour prétention d'être l'exemple à suivre. 

Cette rédaction date de 2014.

Bonne lecture !

Introduction :

  • Présentation du lieu de stage :

Dans le cadre de mon stage de seconde année, j’ai été amenée à effectuer une intervention sociale d’intérêt collectif (ISIC), à l'Association départementale des amis et parents de personnes handicapées mentales (ADAPEI) dans un Établissement et service d’aide par le travail, (ESAT). L’ADAPEI est une association créée le 11 mars 1961 avec pour objet principal "la Défense et la Protection de l'enfance déficiente". Depuis cette date, l'Association a développé de nombreuses activités nouvelles au bénéfice des enfants et des adultes handicapés.

L’ESAT où se déroule mon stage a été créé en 1992. Il se compose d’une équipe de 10 professionnels dont : sept moniteurs d’ateliers qui ont pour fonction d’encadrer des personnes en situation de handicap dans des activités de travail. Ils participent aux actions de soutien des personnes handicapées et sont responsables de la production à réaliser ainsi que des délais et du contrôle. Ils contribuent à l’apprentissage et à l’insertion des travailleurs. L’ESAT comporte également une coordinatrice socio-professionnelle qui prépare et met en place des projets d’insertion, elle s’occupe du suivi et fait le bilan de ces projets. Elle accompagne les travailleurs d’un point de vue socio-professionnel grâce à la création d’un réseau dans le milieu ordinaire. Elle intervient également pour la communication des différents projets mis en place, anime et soutien les réunions d’informations et les groupes de parole.

L’établissement dispose d’une secrétaire et d’un directeur et encadre 49 personnes en situation de handicap, travaillant dans cinq ateliers différents : l’entretien des espaces ruraux, les travaux de petite mécanique, le conditionnement, le recyclage des palettes, la blanchisserie. L’ESAT est chargé des relations socioprofessionnelles et de la recherche et étude des postes de travail ainsi que du détachement et du suivi en entreprise. Plusieurs textes régissent les ESAT : la loi du 30 juin 1975 d’orientation en faveur des personnes handicapées, la circulaire du 8 décembre 1978 qui définit les objectif des Centres d’aide par le travail (CAT), la loi du 2 janvier 2002 de rénovation de l’action sociale et médico-sociale et enfin la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, qui transforme les CAT en ESAT. La loi du 11 février 2005 stipule que les ESAT doivent dorénavant auprès de l’usager soutenir l'insertion en milieu ordinaire par des évaluations et des bilans ainsi que des projets personnalisés.

 

Bon honnêtement qui va vraiment lire ces parties là ? Elles sont d'un ennuis, on dirait un catalogue de lois... Par pitié !

 

Ils sont également chargés de développer des actions de soutiens extra-professionnelles et de travailler l'autonomie en faveur de la personne dans son quotidien. Lors des premières semaines de stage à l’ESAT le directeur de l’établissement m’a demandé de travailler sur le règlement de fonctionnement afin de le rendre plus accessible aux usagers. En tant que stagiaire assistante de service social stagiaire et concernant mes missions au sein de l'établissement qui sont : favoriser l'autonomie des usagers, protéger les personnes vulnérables et notamment favoriser l'insertion sociale et professionnelle des ouvriers de l'ESAT, il me semblait intéressant de pouvoir intervenir sur la compréhension des usagers des documents administratifs de l'ESAT. Notamment dans le cadre de deux autres missions , qui sont : favoriser l'égalité des droits et des chance et favoriser l'accès à la citoyenneté des personnes handicapés. Tout d'abord, je vous présenterai le contexte du projet et les constats, puis l'analyse, la mise en œuvre du projet et enfin l'évaluation.

 

J'ai inversé les termes, dans ce sens cela fait plus pro, d'ailleurs pour le CV, songez-y ! ;)

 

I Le recueil de données :

a) Le Public, l'ESAT et ses missions

Parmi les ouvriers de l'ESAT, le parcours scolaire est hétérogène. Ainsi, 14.28% n’ont jamais été scolarisés dans un établissement ou très peu de temps, avant de rejoindre l’ESAT. 53.06% ont été en institut médico-éducatif (IME), plus ou moins longtemps avant de le quitter. Et 32.65% des usagers ont eu un parcours scolaire classique, jusqu’à leur 14 ans minimum. Les ESAT ont pour finalité de faire accéder à une vie sociale et professionnelle des personnes rencontrant momentanément ou durablement des difficultés pour exercer une activité. Ils doivent mettre en œuvre des activités diverses à caractère professionnel et un soutien médico-social et éducatif afin de favoriser l’épanouissement personnel et social des personnes accueillies. Afin d’atteindre au mieux cet objectif, les ESAT mettent en place des actions d’entretiens et de maintien des connaissances et acquis scolaire et de formation professionnelle. Ils mettent également en place des actions éducatives d’accès à l’autonomie et d’implication dans la vie sociale.

 

J'aurai pu expliquer l'intérêt de parler du parcours scolaire des travailleurs dans ce contexte, là on a pas l'information... A l'oral on aurait très bien pu me dire que cela n'avait aucun sens de parler du niveau scolaire. Argumentez toujours lorsque vous amenez des précisions de cet ordre. Il faut contextualiser l'apport des données dans vos écrits, car on peut vous reprocher de ne pas réfléchir aux liens que vous faites, entre vos lectures, vos stats et puis votre pratique !

 

b) Le Contexte

Le directeur de l'établissement m'a demandé de relire le règlement de fonctionnement afin d'apporter une vision distanciée et donner un avis sur son accessibilité et de pouvoir le modifier, en se basant sur la forme d'une bande dessinée. Cependant, ne disposant pas de matériel pour créer une bande dessinée, ni de chiffres et de constats sur l'ensemble des besoins du public, il m'a semblé important d'aller à la rencontre des travailleurs. Il est apparu que la majorité des usagers n'avaient pas pris le temps de lire ce document, une autre partie n'avait que peu de souvenir le concernant.

 

Une bande dessinée ? Pourquoi ? A quoi pensait-il ? Était-ce dans un contexte particulier ? Par exemple, le stage aurait été sur Angoulême, bon... à l'occasion du festival de la bande dessinée, on aurait pu se dire que c'était un moyen d'être en cohérence avec une actualité de la ville, ou un événement qui fait sa réputation d'ordinaire... Un moyen d'ancrer le public dans la vie culturelle  etc. Vous voyez ?

 

c) Les chiffres

Lorsque le « pourquoi » est posé à ce propos auprès des travailleurs, la majorité, près de 59,18% ont répondu ne pas savoir (ou peu) lire et/ou comprendre ce qu'ils lisent. De plus, il me semblait important de préciser auprès des travailleurs le rôle du règlement de fonctionnement : il est destiné à définir, d’une part, les droits et les devoirs de la personne accueillie et, d’autre part, les modalités de fonctionnement du service et contribue d'améliorer la vie au sein de ce dernier.

Sur mon lieu de stage, j'ai constaté que 34.4% de femmes et 65.5% d’hommes ne maîtrisaient que très peu la lecture. J’ai pu établir ces chiffres grâce à la participation des usagers mais aussi des moniteurs d’ateliers qui accompagnent au quotidien les travailleurs et qui ont une connaissance des particularités de chaque usagers très approfondi. En effet, ils soutiennent tous les jours les ouvriers dans leurs gestes et leur apprentissage dans leur travail.

 

Du coup quelle est la définition appropriée ? Illettrisme ?

 

d) Les outils mis en place dans l'ESAT

Au sein de l’ESAT, plusieurs tableaux avec pictogrammes et des photos ont été mis en place afin de faciliter la compréhension des usagers concernant certains projets ou changements. Un vidéo montage a fait participer les travailleurs, il a été l'initiative d'un moniteur d’atelier. Ce dernier n’a pu être expérimenté que par sept ouvriers, car il n’a été appliqué que par un seul atelier. Cependant, certaines activités restent permanentes comme les activités de soutien.

Lors des actions de soutien certains travailleurs ont dans leur projet personnalisé, comme objectif : le maintiens des acquis scolaire. Tous les travailleurs ne bénéficient pas de cette action en effet, 24.13% seulement parmi les 59.18%, participent à cette activité. Lors des réunions de projet personnalisé certains travailleurs ont émis le souhait d’apprendre à lire et à écrire grâce aux activités de soutien. En effet, ces dernières ne sont pas choisies par les usagers mais par l’équipe encadrante, qui va définir les besoins du travailleur, pour son projet personnalisé individuel. Ces constats, m’ont poussée à m’interroger sur les acquis scolaires, l’accessibilité des documents administratifs et le rôle de citoyen qu’occupe la personne en situation de handicap.

 

Avec le recul, je n'ai pas l'impression d'avoir suffisamment creusé cette histoire de citoyenneté auprès de ce public et d'avoir travaillé sur ces questions; même si nous avons abordé la civilité et l'incivilité, la vie dans le collectif etc. Il faut être vigilant dans l'utilisation des termes sur ces écrits, car la définition est très forte et le sens que vous donnez aux mots ne peut pas se permettre d'être aléatoire ou abstrait. 

 

II Analyse :

Suite aux constats que j'ai pu faire, je me suis interrogée dans un premier temps sur la composition de l'ESAT et notamment sur les inégalités présentes au sein de l'établissement. En effet, comment prendre en compte les différentes personnes et leurs différents caractères dans le projet ? Et comment valoriser chaque personne ? Peu de choses on pu être mis en place, et peu de personnes ont eu accès à des activités communes, ou on pu expérimenter les mêmes exercices, comme la vidéo.

De plus, elles demandent à participer aux activités comme l'accès et le maintien des acquis scolaires. Cependant les personnes ne peuvent pas y accéder faute de place et en fonction des objectifs mis en place dans leur projet personnalisé.

Un autre constat apparaît lors des rencontres avec les personnes, ces dernières ne semblent pas connaître ou ne se souviennent que très peu, du règlement de fonctionnement.

Pourquoi un tel oubli ? Le document leur a t-il été présenté ? Que représente ce document pour les travailleurs ?

Certains usagers travaillent dans l'établissement depuis vingt ans. Lors de sa création, le CAT (devenu ESAT) ne disposait pas d'autant de documents ni des mêmes outils. Les ouvriers ont-ils bénéficié d'un temps consacré à l'explication des textes de lois et de leurs apports au sein des ESAT ? Que représente véritablement pour eux ce document qui n'existait pas lors de l'ouverture de l'établissement ? Les ouvriers ont travaillé durant plusieurs années sans ces nouveaux dispositifs, on peut alors s'interroger sur ce qu'il représente à leurs yeux et si leur rôle a bien été compris.

Il me semble important de s'interroger sur la nécessité qu'à ce document vis à vis de la loi mais également des personnes travaillant dans l'ESAT. On peut se demander d'un point de vue pratique ce qui peut manquer aux documents, pour les rendre plus agréable à lire ou plus ludique.

Le problème est-il le manque de lisibilité et ainsi faut-il retravailler la forme des documents administratifs de l'ESAT ? Les travailleurs semblent déjà être familiarisés avec l'idée des pictogrammes et des photographies, cela peut-il être un outil exploitable ?

Dans ce cas, comment intégrer les personnes dans le déroulement de l'action tout en sachant que les personnes n'ont pas les mêmes parcours scolaire, ni donc les mêmes connaissances et facilités dans la lecture ou l'écriture. Des inégalités trop présentes peuvent-elles influencer le projet; et si oui, de quelle manière, la participation des personnes ayant une lecture plus aisée peut-elle dynamiser un groupe ? Au contraire, cela peut-il accentuer les clivages ?

En effet jusqu'à maintenant les personnes participant à des activités de soutien en rapport avec la lecture ne sont pas mélangées avec d'autres collègues. Pourtant, 59,18% des usagers semblaient avoir des difficultés dans ce domaine. Une mutualisation des expériences et des compétences, peut être l'occasion de valoriser les travailleurs de l'ESAT.

 

J'aime beaucoup cette phrase, cela me rappel mes cours sur Rosenthal et Jacobson avec l'Effet Pygmalion.

 

La présence des ouvriers est très importante pour les impliquer au maximum. Il me semble important de réfléchir sur la participation de ces derniers et d'anticiper sur son obligation ou sa non-obligation. Lors de mes lectures sur le travail collectif et la participation, j'ai pu, avec les écrits du sociologue Danilo MARTUCCELLI, faire le lien avec ce qu'il nomme « l'injonction à la participation ».

D'après l'auteur, « La « participation » est requise en tant qu’injonction lorsque, […] on insiste davantage sur la subordination de l’individu à la collectivité (ses « dettes ») que sur sa liberté personnelle. ». Le public de l'ESAT pouvant être vulnérable, car certaines personnes présentes des fragilités psychologiques, je m'interroge quant au mode de participation à utiliser dans ce projet.

Ces études sociologiques me poussent à réfléchir sur les risques d'une participation obligatoire des ouvriers : « la responsabilisation requise sous forme d’injonction à la participation passe par une exigence de sur-implication personnelle, donnant lieu à toute une nouvelle famille de vulnérabilités mentales. Certains salariés sont ainsi soumis à un effort constant de « mobilisation ».

Je pense qu'il faut rester vigilant sur ce que cela peut engendrer chez la personne. Par ailleurs l'utilisation des images est aussi un point qu'il me semble important de réfléchir. Notamment en ce qui concerne les thèmes abordés et les conséquences que cela peut entraîner chez la personne.

Si l'utilisation des images et/ou des photographies est exploitable, (car déjà utilisé auparavant par les ouvriers de l'ESAT), il faut rester prudent concernant les termes utilisés car nous n'avons pas tous la même interprétation des images, ainsi la « violence » qui est interdite au sein de l'établissement est-elle la même pour moi que pour autrui ? Qu'entendons nous par « violence » dans les textes ? Il serait intéressant de pouvoir rechercher chez l'ouvrier son interprétation personnelle des images afin que le nouvel outil créé lors de ce projet soit une appropriation directe des usagers.

 

Ici, j'aborde déjà une proposition d'action, car c'est en se saisissant des images sans imposer mon regard que je peux dévier au maximum les biais de l'injonction et donc, laisser à la personne le soin d'interpréter et d'attribuer les images et les symboles aux textes.

 

Dans ce travail collectif, ce qui était intéressant c'était d'avoir d'une part une obligation légale de mettre en place certains outils, qui, effectivement, n'ont pas pris la place qu'ils auraient dû pour différentes causes. (pas le temps, pas la place, pas de retour, pas de co-construction etc.).

Le niveau scolaire ou de lecture n'a rien à voir ou presque car il s'agit ici de l'appropriation des documents officiels d'un établissement. La personne est vulnérable c'est un fait, alors comment rendre le document plus accessible, lui faire prendre plus de sens, aussi ? Entre le sens et l'accessibilité il y a une marge assez grande, qu'il faut prendre en compte. Sur ce travail, je m'aperçois que même si la saisi des textes avec des iconographies personnalisées était une idée qui avait sa place, elle ne travaillait pas suffisamment le "sens" des ces documents pour les personnes. 

 

Certains termes peuvent faire surgir chez la personne des souvenirs douloureux. J'ai consulté les travaux de Serge Tisseron (psychiatre et psychanalyste), de Philippe Mérieux (Directeur de l’IUFM de Lyon) et de Jean Piaget (épistémologue et biologiste) qui affirment ce rôle d'illusion, que peut occuper l'image et les émotions qu'elles peuvent susciter : « Le fait de voir une image peut provoquer un changement intérieur en déclenchant des émotions que nous ne pouvons pas contrôler.». Il me semble important de réfléchir sur la prise de distance entre l'usager et l'image lors du déroulement de l'action et de prendre le temps de discuter avec les ouvriers sur leur interprétation personnelle et le malaise que cela peut générer, afin de prendre en compte la susceptibilité de chacun. A partir de l'analyse produite j'ai pu déterminer des objectifs et la mise en œuvre du projet au sein de l'ESAT.

 

III Mise en œuvre du projet :

a) Objectifs :

Suite à cette analyse, j'ai établi avec le personnel encadrant plusieurs objectifs.

Le premier objectif général est le suivant : amener les ouvriers de l'ESAT à exercer leur citoyenneté en prenant connaissance de leurs droits et de leurs devoirs au sein de l'établissement.

L'objectif intermédiaire permet l'utilisation du règlement de fonctionnement afin de créer un lexique qui est le moyen.

Le second objectif général concerne la notion de vivre ensemble en travaillant avec l'objectif intermédiaire sur les notions importantes comme l'argent ou la violence et de donner les moyens aux usagers lors des réunions d'exprimer leur avis sur ces notions et de les illustrer.

Le dernier objectif général vise à favoriser le lien social entre les ouvriers de l'ESAT, l'objectif intermédiaire est de favoriser les échanges et les questions sur les autres ateliers et leur fonctionnement interne et de permettre de comprendre les attitudes et les protocoles en utilisant comme moyen les visites des ateliers et en valorisant l'ouvrier dans l'explication de son travail.

Ce projet a nécessité 14 semaines de préparation et 8 temps forts afin d'optimiser son organisation et son déroulement.

 

Je rajouterai que ce travail collectif s'inscrit dans le cadre d'un travail social communautaire, propre à la définition donnée par Murray Ross en 1955 : « le processus par lequel une communauté identifie ses besoins et ses objectifs, les ordonne et les hiérarchise, développe sa confiance en elle-même et sa volonté de les réaliser, trouve des ressources internes et/ou externes nécessaires à leur accomplissement ou à leur satisfaction, agit en fonction de ses besoins ou de ces objectifs, manifeste des attitudes et des pratiques de coopération et de collaboration »

 

b) Déroulement et organisation :

Le directeur a souhaité que la participation des usagers soit obligatoire. Les moniteurs, la coordinatrice socio-professionnelle et moi-même, avons constitué les groupes.

 

Alors cette obligation peut s'argumenter malgré l'injonction. Les documents concernent tout le monde et c'est important que chaque personne apporte son interprétation et sa "patte" pour construire quelque chose de cohérent. Le problème des outils mis en place en amont était une absence conséquente du public qui n'avait pas été mobilisé suffisamment. Avec cette "obligation" le public peut avoir la chance de participer en intégralité, mais les moniteur d'ateliers ont donc aussi, l'obligation  d'adapter le planning de travail pour favoriser  ce collectif. 

 

Les moniteurs d’ateliers connaissent bien les travailleurs, leurs difficultés mais aussi leur potentiel. Nous avons constitué trois groupes différents composés de six travailleurs. Les usagers ont travaillé, avec mon aide, sur un lexique de pictogrammes, recoupant des termes utilisé fréquemment, dans les documents administratifs de l'ESAT.

En amont, j'ai regroupé ces termes sur une liste. Les travailleurs ont utilisé des images, disponibles librement et gratuitement sur un logiciel de traitement de texte. Afin d’impulser le projet, l'équipe encadrante et moi, nous nous sommes entretenus avec l'élu du conseil de la vie sociale qui était un ouvrier de l'ESAT.

 

Quel est ce dispositif ? Son objectif ? Qu'est ce qui justifie la place de cette personne comme porte-parole ? 

 

Cette personne a pu parler avec les travailleurs du projet et de son organisation. Il était également un relais, puisque certains usagers pouvaient lui poser des questions plus facilement. De plus, si le lexique venait à être utilisé dans le règlement de fonctionnement, la loi du 2 janvier 2002, stipule que l'on doit consulter les élus du conseil de la vie sociale.

Les réunions se sont déroulées chaque vendredi matin, durant 3 semaines, de 11h à 12h. Les horaires ont été décidés avec tous les moniteurs d'ateliers, afin de ne pas aller à l'encontre de l'organisation des ateliers.

La salle de réunion a été désignée, car elle est située dans le bâtiment principal, dispose d'un confort suffisant et permet un meilleur accès, étant au rez-de-chaussée. La décision a été prise lors de la réunion hebdomadaire de l'équipe encadrante.

Puis, un calendrier a été créé et affiché dans chaque atelier, je suis également intervenue lors de chaque affichage afin de rappeler la constitution des groupes aux travailleurs. Lors de ces trois temps forts, l'heure d'intervention était décomposée en 3 étapes : Tout d'abord, la présentation des images puis leur interprétation et enfin leur évaluation et leur possible utilisation.

 

c) Le réajustement :

Il est apparu que de nombreuses images ne pouvaient être utilisées comme pictogrammes. Le dessin ne semblait pas être suffisant pour les travailleurs qui ont exprimé, avoir une préférence pour la photographie.

De plus, lors de la troisième étape, les usagers étaient nombreux à souhaiter une participation plus active et mobile. Par ailleurs, la participation obligatoire des personnes semblait être un frein au bon déroulement à long terme du projet et de son appropriation par les usagers. Il m'a semblé nécessaire, de demander l'accord du directeur de l'établissement, pour établir un réajustement.

Et de lui expliquer la requête des travailleurs, accompagnée de l'élu au conseil de la vie sociale; afin d'exposer les avantages, que cela représenterait pour eux. Il semblait important de rester vigilant quant aux effets que pouvaient avoir à long terme cette obligation de participation.

Les horaires et les jours ont été maintenus mais les groupes n'ont pas été imposés et les usagers se sont proposés en fonction de leurs motivations. L'outil photographique étant particulier, j'ai mis à disposition des travailleurs souhaitant participer, un document de « droit à l'image ». En effet, il m'a semblé important de réfléchir sur le respect et l'intégrité physique des personnes, comme le stipule l’article 9 alinéa 1 du Code civil.

 

L'injonction n'est jamais vraiment favorable, donc l'argumentation ici et les résultats qui découlent de l'action montre une remise en question, une démonstration et une requête auprès de qui de droit. C'est le plus important ici, selon moi, car on peut se tromper, mais on doit surtout constater les erreurs pour réajuster derrière, notre action. 

 

d) Les Photographies :

Le projet s'est  prolongé par la pratique de la photographie. Il était important d'utiliser le travail fait en amont par les usagers. Nous avons donc organisé cinq nouveaux groupes de six personnes. Chaque groupe a eu des objectifs précis et uniques en fonction des données qui nous ont manqué en première partie.

Certains "termes" ont pu impliquer des prises de vue extérieures et/ou intérieures et donc l'utilisation des locaux et du matériel. Pour utiliser ces locaux, les usagers ont entrepris de demander l'autorisation auprès de leur moniteur d'atelier. Ces moments, ont permis par l'initiative des usagers, d'échanger sur les protocoles des différents ateliers et ainsi de poser des questions sur leur utilité.

Certains travailleurs ont donc expliqué leur travail au sein de leur atelier, d'autres ont également pu expliquer l'utilisation de certains outils et tables de contrôle. Pour des questions de sécurité aucun outil n'a été mis en marche. Cette partie du projet a permis de faire connaître les autres facettes de l’ESAT aux travailleurs et de rendre l’usager encore acteur grâce à des mises en scènes où il fut pris en photo.

Les concepts tels que « la violence » ou encore « l’argent » ont été travaillés lors de ces séances. Lors des séances de photographies, les usagers ont utilisé l'appareil seul. Cette étape, a nécessité de la part des usagers une autonomie et une réflexion, notamment lorsque nous avions besoin de certains accessoires particuliers tels que des feuilles de congés vierges ou encore de demander des clefs pour accéder à une salle quelconque.

 

 

IV Évaluation des résultats :

a) Analyse critique de l'intervention :

Le lexique a été construit grâce à la participation de 44 ouvriers sur 49. Une majorité du public a été touché par cet outil. Lors des temps forts, le document a été étudié minutieusement afin de traiter des notions de citoyenneté, de civisme et de revoir également les règles qui constituent l'établissement ainsi que de rappeler les droits des ouvriers, notamment celui de consulter son propre dossier.

Il y a eu trois temps forts pour la première partie du projet et cinq temps forts pour la seconde partie. Le projet aura nécessité 14 semaines de travail et de recherches.

Les ouvriers ont pu, lors des huit temps forts exprimer leur avis personnel sur les notions comme la « violence » ou encore « l'argent ». De nombreuses questions ont par ailleurs été posées afin de déterminer ce que l'on pouvait comprendre par « argent ». En effet il a été demandé si l'on parlait du « pécule » ou du « salaire » et si la « violence », concernait également les violences verbales.

Les moniteurs ont évoqué lors de la réunion mensuelle que cette action avait été intéressante, leur regret étant que les durées ont été peut être trop longues. Le directeur de l'établissement a également fait part de sa satisfaction quant au résultat.

De plus, l’ESAT prévoit de mettre à jour tous ses documents administratifs et d’engager une harmonisation de ses outils avec les autres établissements dépendants de la même association sur le département.

Il faut souligner que malgré cette harmonisation entre les ESAT, l’avis des travailleurs pour l’image utilisée ou la photo est importante car nous n’avons pas la même interprétation des images. Les usagers ont pu exprimer leurs impressions sur le projet. Pour la majorité, le réajustement était un point positif puisque leur demande a été acceptée. Cela leur a permis d'être les « créateurs » de cet outil et ainsi d'être des acteurs à part entière, dans les missions de l'ESAT.

De plus, cette action, permet aux ouvriers d'avoir une participation active dans la vie et l'organisation de leur établissement. Par ailleurs, cela a été l'occasion pour les usagers de découvrir des ateliers et de nourrir de futures orientations potentielles pour leur projet personnalisé.

Les explications fournies par leurs collègues sur les protocoles ou les règles de sécurité ont également permis de mettre en valeur le poste de chacun des ouvriers de l'ESAT. La participation obligatoire de l'usager a nécessité une réunion, qui nous a permis de décider de la mise en place d'un réajustement.

Il était important avec la participation de cet élu de montrer la motivation des ouvriers à la direction et d'avoir leurs point de vue. L'équipe encadrante a également pu donner son avis, sur la modification de l'action et l'utilisation de la photographie.

Les images ont leur limite et tout ne peut pas être retranscrit.  Lors de ces temps forts j'ai observé une modification dans la participation des ouvriers. Dans un premier temps en effet, la participation obligatoire a été relevée par certains d'entre eux, s'interrogeant sur l'utilité et l'objectif. Cependant suite au réajustement, les groupes n'étant plus obligatoire, les demandes de participation ont été nombreuses nécessitant ainsi 5 temps forts. Les ouvriers dans les groupes se sont repartis les tâches de manière stratégique. J'ai observé ainsi que les personnes plus à l'aise avec l'appareil photo ont expliqué son utilisation aux collègues par exemple. Ces échanges ont été plus nombreux lors du réajustement que lors des trois premiers temps forts.

Certains usagers ont émis le regret que l’activité photos n’ait eu lieu qu’une seule fois et sur une période trop courte. Le lexique pourra être utilisé pour d’autres projets, notamment une application sur les tableaux d’informations ou en soutien sur le règlement de fonctionnement et le livret d’accueil, participant ainsi à sa pérennisation.

 

 

b) Évaluation de mon Intervention :

Lors de cette expérience, je me suis attachée à respecter la loi n°2002-2 du 2 janvier 200216 rénovant l'action sociale et médico-sociale. La loi met en avant les sept droits fondamentaux des usagers et notamment l'accès à l’information, aux droits et aux voies de recours et la participation directe au projet d'accueil et d'accompagnement.

Ce projet a permis aux ouvriers de l'ESAT de participer activement à la création d'un outil en lien direct avec la loi mais également avec leurs droits. Les usagers ont ainsi « pris le pouvoir » ce qu'on pourrait traduire notamment par « Empowerment, ».

Ce processus a permis aux ouvriers de l'ESAT de mettre en œuvre leurs compétences et leurs habilités « personnelles et interpersonnelles » afin d'intervenir sur les documents et plus largement sur les projets de l'établissement.

Lors de ce projet j'ai ainsi pu travailler avec des usagers, comme acteurs-sujets , impliqués dans des groupes en tant que citoyens et ouvriers d'un ESAT, afin d'agir sur l'établissement. Je suis intervenue, lorsqu'il a été nécessaire de questionner les usagers sur leur ressenti vis à vis des images et de leur efficacité. De plus, lorsqu'il y avait des digressions il me semblait important de pouvoir recentrer les échanges.

Cependant, je suis restée attentive lors de ces moments. En effet, il m'est apparu que les personnes pouvaient exprimer des remarques pertinentes sur l'organisation de l'institution, ou sur des problèmes internes. Il faut laisser la place à une certaine liberté de parole et ne pas cloisonner les avis et remarques, afin de nous amener à nous remettre en question.

Je suis intervenue lorsque les échanges pouvaient amener des remarques désagréables sur certaines personnes, afin de conserver la bonne entente du groupe mais également de préserver l'intégrité et le respect de chaque personne. J'ai assisté aux réunions hebdomadaires, réunissant l'équipe encadrante ce qui me permettait de faire un bilan du projet et de son déroulement, et de recueillir les avis des différents professionnels.

J'ai également assisté, aux réunions d'ateliers, qui se déroulent une fois par semaine. Lors de ces réunions j'ai transmis diverses informations sur les ateliers, les activités de soutien et répondu aux questions. Les réunions mensuelles nous ont permis de faire une projection du lexique. Au delà de ces réunions, j'ai pu rencontrer les usagers dans mon bureau.

Nous avons échangé sur leur place dans l'ESAT, leur vie personnelle et discuter de certains projets. Des entretiens individuels ont également été pris avec la direction afin d'affiner le projet, de faire remonter les questionnements et les problèmes. L’ISIC, permet d'apporter selon moi, une dynamique de groupe, un intérêt commun pour une même chose ou un même but et de développer ou de maintenir l'autonomie des personnes. Il s'agit ici d'un travail social communautaire, permettant à une entité salariale du milieu protégé de se saisir des documents imposés par la loi en favorisant leur implication dans la structure.  L'ISIC m'a permis de découvrir l'accompagnement dans le cadre d'un groupe. Cela permet également de cibler les freins et les potentialités et de réajuster les interventions en conséquence, pour le bien être des personnes.

Lors de ce projet et de mes interventions, je me suis attachée à respecter le code de déontologie en veillant : « à l'épanouissement et à l'autonomie des personnes, groupes ou communautés, au développement des potentialités de chacun en le rendant acteur de son propre changement, à l'adaptation réciproque Individus/Société en évolution.».

 

Pour conclure, l’Intervention Social d’intérêt Collectif, n’est pas une fin en soi. C’est un commencement, pour une action faite en commun car l’important est ce que l’on veut transmettre aux usagers. C’est une collaboration qui permet selon moi, d’illustrer d’une autre manière la relation d’aide avec l’usager. Le travail avec l’usager et l’équipe doit être selon moi, précis et s’appuyer sur des objectifs bien définis et prendre en compte le réel besoin du public. Cette expérience m’a permis de découvrir l’action collective et notamment le travail social communautaire et d’avoir une nouvelle vision de l’intervention sociale et de la relation qui peut s’établir avec l’usager. De plus la collaboration entre les personnes et les liens qui peuvent se construire entre eux m’ont montré qu’un comportement individuel pouvait changer et se modifier dans un groupe.

 

 

 

 

SOURCES

 

1Wikipédia. [en ligne] [consulté le 10/02/13] Disponibilité et accès http://fr.wikipedia.org/wiki/Adapei

2Légifrance.[en ligne] [consulté le 20/01/13] Disponibilité et accès http://www.legifrance.gouv.fr/

3Handicap.fr [en ligne] Consulté le 05/02/13 Disponibilité et accès http://informations.handicap.fr/art-emploi-handicap-60-2302.php

4Données provenant des échanges avec les usagers de l'ESAT (12/2012)

5Chiffres obtenus sur place, auprès des ouvriers de l'ESAT (01/2013)

6Le règlement de fonctionnement est établi conformément, aux dispositions conjointes de l’article L. 311-7 du code de l’action sociale et des familles et du décret 2003-1095 du 14 novembre 2003 ainsi que de la loi du 2 janvier 2002.

7Chiffres obtenus sur place, auprès des ouvriers de l'ESAT (01/2013)

8Chiffres obtenu grâce aux documents administratifs de la coordinatrice socio-professionnelle

9Document personnalisé définissant l’accompagnement professionnel, social et médico-social. Il est élaboré par le travailleur handicapé et l’équipe encadrante à partir des éléments recueillis et des demandes et besoins exprimés par la personne.

10Persee. [en ligne] Consulté le 10/02/13 Disponibilité et accès http://deey.free.fr/documents/Documents%20critique/Figures%20de%20la%20domination.pdf

11Persee. [en ligne] Consulté le 10/02/13 Disponibilité et accès http://deey.free.fr/documents/Documents%20critique/Figures%20de%20la%20domination.pdf

12Synthèse L’image, mode d’emploi (Où comment développer un esprit critique devant une image. Jean Louis L’Hostis, Professeur au lycée Marguerite de Valois, Angoulême. Consulté le 23/01/13, Disponibilité et accès ww2.ac-poitiers.fr/ecolgt/IMG/doc/image_fixe.doc

13Ker spi. Consulté le 05/02/13. Disponibilité et accès http://www.kerspi.com/?page_id=225

14Legavox. 4/12/10 [consulté le 22/02/13] Disponibilité et accès http://www.legavox.fr/blog/maitre-anthony-bem/droit-image-personne-fondements-sanctions-3904.htm#.VE5xJfmG_uI

15« Chacun a droit au respect de sa vie privée ». (En vertu du droit au respect de la vie privée, les juges ont créé le droit à l'image afin de permettre à une personne, célèbre ou non, de s'opposer à la captation, la fixation ou à la diffusion de son image, sans son autorisation expresse et préalable.)

16Légifrance.[en ligne] [consulté le 20/01/13] Disponibilité et accès http://www.legifrance.gouv.fr/

17 DE ROBERTIS Cristina (dir.),L'intervention sociale d’intérêt collectif. Rennes, Presses de l'EHESP, 2008, p 304. (Collection Politiques et interventions sociales).

18Ibid

19Code de déontologie. Source ANAS.

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